GRAND CHELEM DU BORD A LA MOUCHE EN GUADELOUPE !

A l’ombre d’un carbet face à l’eau turquoise, entouré de cocotiers, j’écris le récit extraordinaire de mes derniers jours de pêche en Guadeloupe.

Aujourd’hui, les conditions sont comme globalement depuis 1 mois maintenant, particulièrement compliquées. Un vent soutenu règne et laisse donc uniquement quelques opportunités à celui ou celle qui saura les saisir…

Personne n’aurait alors pu prédire la suite de l’histoire…

Après une saison de guidage bien remplie où l’on aura réalisé quelques belles prises avec mes pêcheurs (dont la prise entres autres d’un grand chelem tarpon + snook + bonefish par un de ceux-ci). Ou encore un séjour de pêche avec un pêcheur breton ayant eu la chance de prendre de très beaux poissons (tarpons + pagre + carangue + bonefishes et même un petit permit)…

Je n’ai qu’une semaine pour m’amuser à mon tour, et d’après les prévisions, je n’aurais réellement qu’une fenêtre de 2-3 jours complets pour mettre mon expérience et mes acquis de cette destination en pratique. Sur un laps de temps aussi réduit, pas beaucoup de place à l’improvisation ! Comme d’habitude en Guadeloupe, il faut savoir s’adapter au jour le jour … Choisir en temps réel la bonne stratégie et n’omettre aucun détail, voilà quelques unes des clés nécessaires au succès ?!

Je vous passe les détails concernant le choix précis du matériel, sans parler du choix des spots ou des espèces à cibler…

Ayant aidé à capturer toutes les espèces qui ici nous intéressent depuis 2 mois, j’oriente la traque vers le mythique « permit »…

Entre parenthèses : l’année 2025 avait été riche pour moi en émotions, grâce entre autres à la capture d’un permit estimé à environ 15 kilos, potentiel record de France à la mouche et du bord (sujet d’un autre article à lire sur ce blog). Je me souviens donc l’an dernier, dire à mon père en rigolant : « Je sens que je suis en capacité de réaliser un vrai grand chelem côtier avec les 3 poissons de tailles décentes !? », à savoir la prise d’un joli bonefish, d’un beau tarpon et du fameux Graal du pêcheur à la mouche, le fabuleux permit…

1er jour :

Me voici sur le flat, à scruter la mer à la recherche du moindre indice pouvant trahir la présence du « démon aux nageoires noires ». Après 45 minutes de néant, je me fais surprendre par 3 jolis spécimens. Un de 4-5 kilos, un de 5-6kg et un autre de 7-8kg. (Ceux-ci en vadrouille nageaient très rapidement dans ma direction et me sont apparu à une petite dizaine de mètres). Sortant en plus d’une zone profonde où la réflexion du soleil à la surface est éblouissante, je n’ai qu’une fraction de seconde pour les attaquer.

Bien que dorénavant rompu dans mes exécutions du lancer, la situation reste « délicate » et je pose ma mouche au beau milieu des 3. Ce qui a pour conséquence d’effrayer le premier, qui effraie à son tour les 2 autres. Ils me passent alors dans les pieds.

En cet instant, nous avons tous « pêcheurs de permits », cette image dont on aperçoit parfaitement leurs gros yeux nous regarder et dire intuitivement : « tu ne m’auras pas… ! ».

Je me concentre à nouveau. J’avance d’une centaine de mètres et j’aperçois 3 bones en maraude. Je prends le + près de moi, un joli bonefish d’une soixantaine de cm, qui m’offre par ailleurs une jolie bagarre !

La demi heure qui suit me permet d’attaquer, correctement, 1 permit solitaire de 6-7 kilos en plein « tailing ». Puis un second, beaucoup plus petit. Tous deux n’ont pas l’air intéressé par ma mouche, ou par mon animation ?!

La météo change subitement et rend la traque du permit quasi impossible. Je décide donc de m’arrêter là. Je reprendrai aussi un bone le soir un peu plus petit que celui du matin en revenant observer le même spot.

Cette journée aura été riche en informations et je sais potentiellement sur quel flat demain rechercher « mon » permit.

2ème jour :

Après 10 minutes de pêche, j’attrape un bonefish de 58cm. Une petite photo souvenir, le « release » et ça repart.

20 minutes plus tard, un deuxième un peu plus petit. Même chose…

Je ressors ma soie du moulinet, me prépare à nouveau et là, sorti de nulle part, un permit que j’estime à + ou – 6kg se dirige rapidement vers moi. J’ai alors 1 à 2 secondes pour lui proposer ma mouche. Je suis « restreint » dans mon dos près de moi, rendant le lancer plutôt difficile. J’essaie, je lance au dessus des obstacles, je serre les dents pour que ça passe et pose 1 mètre devant lui, pas à plus de 6 à 7 mètres seulement de moi. Il fonce sur la mouche, son nez est à 10cm mais dans un premier temps il l’a refuse. Puis il fait demi-tour… Je relance, repose au même endroit, il revient comme s’il s’était dit que finalement un repas « tout servi » ne serait pas si mal ?! Et cette fois-ci, il se saisit brutalement, je dirais même « férocement », de ma mouche !

Je le vois encore face à moi aspirer ma mouche ! A cet instant c’est moi qui me dis : « je t’ai eu » !!!

Il démarre en trombe !!! Et je devine alors que ma soie est enroulée autour de mes jambes. Je tente de réagir en faisant un tour sur moi-même… Mon initiative est couronnée de succès et la soie a recouvré sa « liberté ». Ce premier « rush » est d’anthologie…

Je le bride le plus que je le peux et lui montre d’emblée que je ne vais pas le laisser faire ce qu’il veut. Pas question qu’il parte trop loin ! C’est bourré de « patates de corail » par ici ! Il fait un second gros rush et me met une quinzaine de mètres sur le backing. Il est donc maintenant nageant à une quarantaine de mètres. Je continu de le brider et garde la canne haute à chaque nouveaux rushs. Les 10 minutes qui suivent sont intenses et nous nous offrons un véritable bras de fer !

Je commence à penser où je vais pouvoir finir le combat. Je l’amène doucement (mais sûrement!) à cet endroit stratégique favorisant une bonne fin de combat sans trop d’embûche. Il me faut néanmoins éviter encore une fois toute une série de patates de coraux.

Le combat baisse légèrement en intensité, mais alors qu’il m’aperçoit pour la première fois, il repart de plus belle.

Je reste concentré. Focus !! Je n’ignore pas à quel point une erreur est si vite arrivée, surtout à la toute fin !

J’écarte la canne vers l’arrière et me saisi pour la 2ème fois du bas de ligne. Je tire dessus, m’aide d’une vague et le saisi enfin par la queue…

« YES ! WOAH GENIAL ! »

Lorsqu’on est seul et que l’on veut immortaliser le souvenir par une photo, l’action ne s’arrête pas encore pas là.

Malgré l’euphorie et l’adrénaline montante, je dois veiller à ce que ce poisson de rêve reste en parfaite santé. Je le maintiens donc dans l’eau le temps de sortir mon appareil photo de mon sac à dos.

Je fais quelques clichés en « autoportrait », mesure ce permit qui m’indique 65cm à la fourche sur la toise. Je film le release et laisse enfin la joie m’envahir !!!

J’exulte complètement, je suis le plus heureux du monde, je viens de « faire » mon 3ème permit « décent » à la mouche, à pieds et à vue en Guadeloupe ! Le kiff total !!!

Si vous êtes aussi passionné de pêche sportive que moi, c’est certain, vous vous dites qu’il y a là possibilité de réaliser un « INSHORE GRAND SLAM », challenge reconnu par l’IGFA… (Ce que d’ailleurs ne ferais pas si ça se produisait, j’en ai pas grand-chose à faire d’être « reconnu » ?!).

En revanche, au niveau « personnel », la suite de cette journée pourrait alors prendre une toute autre allure !

Le plus simple serait que j’aille dans un petit coin de mangrove (que je connais comme ma poche!), histoire de faire un babytarpon d’une cinquantaine de cm pour valider le « truc ». Mais j’ai déjà réalisé par le passé 2 grands chelems de ce type (sujets de 2 autres articles sur ce blog), mais 2 fois avec des permits de petites tailles. Ce permit est déjà de belle taille, et idem pour les 2 bones, je compte donc bien essayer d’inclure à ce nouveau challenge un tarpon aussi de taille décente…

Le challenge n’est pas gagné d’avance. Le tarpon est certainement l’espèce de poisson la plus difficile à ferrer au monde. Pour preuve, cette moyenne connue d’environ 10 touches de tarpons pour réellement finir 1 à 2 combats seulement…

Une petite pause, je mange et ça repart. Depuis le début de cette session, 3h30 se sont écoulées.

Je sais où trouver en ce moment sur la côte quelques tarpons entre 90cm et 1m30.

Je m’y rends, monte ma canne, bas de ligne et mouche adéquate et commence à observer la mer. Les conditions sont difficiles avec 30km/h de vent soutenu, et de face !

Au bout de 15 minutes sans activité visible en surface, je commence à « pêcher l’eau ». Une zone d’une cinquantaine de mètres me parait propice.

Après un bon quart d’heure à lancer, tout en observant, je vois enfin 2 tarpons « rouler », que j’estime à plus du mètre, ça c’est ce qu’il me faut… Ils nagent à une vingtaine de mètres sur ma droite. Je me replace en restant le plus discret possible. Je me doute maintenant que je suis bien placé.

Je continu de pêcher l’eau quand je ressens soudain une grosse touche… ! Je ferre fort ! Çà semble joli ! Et ça saute tout de suite !

Je vois un tarpon sortir de l’eau à 7-8 mètres devant moi. Il saute dans tous les sens, comme une furie ! C’est sympa à voir mais plus il saute, plus il a de chance de se décrocher !

Il reprend quelques mètres. Je le ferre à nouveau, le bride de toutes mes forces et termine le combat en échouant ce tarpon sur la plage.

C’est ainsi que je venais de réaliser un nouveau « grand chelem du bord ».  Mais surtout mon « vrai » premier Grand Chelem, avec 3 poissons chacun de belle taille, du bord, à la mouche, et en Guadeloupe s’il vous plaît !

Une journée incroyable, dont je me souviendrais sans doute toute ma vie !

« Exploit » réalisé en 5 heures et 30 minutes/lol ?!

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