INTRO
Peu de pêcheurs ont jusqu’à présent pris le temps nécessaire à la capture du permit à la mouche en Guadeloupe. Ce territoire « français » offre pourtant un terrain de jeu unique pour la conquête de ce Graal,
alors le PERMIT A LA MOUCHE EN GUADELOUPE, SIMPLE UTOPIE OU VÉRITÉ HALIEUTIQUE ?
Issu d’une famille de pêcheur breton, la vie m’a miraculeusement amenée à vivre ce jour extraordinaire : la prise d’un très gros permit à la mouche ! Cette capture sonne pour moi comme la récompense ultime de ma passion en tant que pêcheur et de mon travail ici en tant que guide (depuis 2016).
Guider sur des eaux ayant déjà fait leurs preuves sur les espèces tropicales (bonefish, tarpon, snook, carangues…) connues par le grand public est un challenge car l’attente est souvent là ! Relever le défi de prendre ou de faire prendre le graal ultime de tous pêcheurs à la mouche en est un autre…
Qu’on le veuille ou non, à la pêche, le partage fait partie de l’essence même de notre sport. Mais sans informations ou conseils spécifiques sur la pêche à la mouche du permit aux Antilles, il a fallu que j’apprenne presque chaque éléments du puzzle par moi-même. Mon apprentissage s’est donc « déroulé » sur plusieurs années. Certaines rencontres comme celles de pêcheurs de flats expérimentés voire de guides à la renommée internationale m’ont bien aidées.
A force de persévérance, de détermination et aussi de temps, les éléments nécessaires se sont ainsi doucement mis en place dans mon esprit…
SON ENVIRONNEMENT
Tout d’abord, il faut savoir que les îles de Guadeloupe font seulement 1702 km2 (environ un département français), dont prêt de 630 km de côte (zones protégées comprises). On est donc très loin des immenses étendues de flats des Keys de Floride, du Bélize, du Mexique ou encore des 4000 cayes et îlots de Cuba… La pêche du permit en Guadeloupe se compare donc à nul autre endroit au monde.
A première vue, ce petit archipel caribéen ne semble donc pas être l’endroit sur la planète qui se prête le mieux à la traque des permits. Et pourtant, d’après mon humble expérience, je peux vous certifier que le record du monde rode sans doute dans nos eaux !
De nombreux petits flats coralliens parsèment ici la côte. Ils sont la plupart du temps formés d’une zone plate, garnie d’herbes à tortues avec quelques trouées sableuses disséminées ici et là. C’est le terrain adéquat pour pêcher par exemple le bonefish « à vue ».
A l’extérieur de ces plateaux se forment une « barrière corallienne ». Celle-ci est marquée par les vagues qui la submergent. A première vue, il paraît difficile d’arpenter ces zones à pieds car le terrain y apparaît comme peu praticable. Mais à force de marcher à proximité de ces obstacles naturels, très appréciés par nos chers permits, de les observer, de s’y déplacer, j’ai appris à repérer toutes les zones où un potentiel combat pouvait éventuellement avoir lieu, sans pour autant avoir à marcher sur les coraux fragiles (à préserver !) et saillants.
En Guadeloupe, il est possible d’attaquer « à vue », ceci dit sans aucune forfanterie, chaque semaine un ou plusieurs permits de plus de 10 kilos, et ainsi rêver à l’ultime Graal dans « des eaux françaises ».
En effet, je rencontre régulièrement de véritables « géants », franchement au dessus des 10kg, voire pour les + gros avoisinant les 20 ! Si je résume en quelques chiffres le nombre de « jolis » (à partir d’on va dire 3 kilos et +) permits vus quotidiennement, je dirais que j’attaque de 3 à 5 poissons par journée de 7 heures quand je le recherche spécifiquement. Autrement dit, par météo et conditions halieutiques défavorables (mais tout de même pêchables !), je vois généralement 1 à 3 permits plus ou moins « attaquables ». Les très bons jours, il m’est déjà arrivé de croiser jusqu’à une dizaine d’ « ailes rondes » comme on les appelle ici. Quelques plus rares fois, il m’est aussi arrivé d’attaquer de véritables « schools » de plusieurs individus… C’est ce qui m’était arrivé lorsque j’avais pris mon ancien record personnel d’une dizaine de livres.
Il faut bien s’imaginer que les conditions météo d’une semaine ressemblent rarement aux conditions de la suivante. Ce qui tourne en faveur des pêcheurs… ou non ! (Ceci est d’ailleurs valable dans toutes les régions et destinations du globe) ! Sachant qu’ici, la météo est très changeante, d’une journée à l’autre et même parfois d’une heure à l’autre… On peut donc dire que l’important est donc de s’adapter en temps réel.

Mon vrai premier beau permit guadeloupéen (début 2023) « à vue » à la mouche !
Ces divers éléments chiffrés indiquent que les chances de piquer un permit trophée sur sa première journée de pêche en Guadeloupe sont très réduites. Pour véritablement augmenter ses chances de capture, un séjour « accompagné » comprenant au moins quelques jours (le plus est le mieux !) est d’après moi nettement préférable, sachant qu’au permit, la bredouille est la règle, la norme, et la capture l’exception ?!
En pêchant le bonefish, nous apercevrons aussi fréquemment des schools de 5 à 15 petits individus de quelques centaines de grammes. Moins expérimentés, ces derniers sont donc plus accessibles. Ceci dit, c’est amusant de voir l’hésitation de ces petits permits à prendre une mouche même parfaitement présentée… Ce n’est rien de dire à quel point cette espèce peut se montrer si farouche.
SA TRAQUE
L’approche que je pratique, spécifiquement à vue, uniquement à la mouche et en wading, permet de se fondre parfaitement dans l’aire de nourrissage des permits. A pieds, nous sommes presque invisibles et inaudibles. C’est probablement la meilleure manière de les approcher en toute discrétion, et de surcroît c’est une approche très agréable les pieds dans une eau à 27° !
Fait bien connu des pêcheurs de trachinotus, le permit se trouve sur les flats peu profonds, mais il faut savoir qu’il rode aussi à la recherche de nourriture dans des fonds plus importants. Ils sont donc présents dans des milieux assez variés… ! J’en trouve d’ailleurs de plus en plus souvent dans des secteurs où auparavant, jamais je n’aurais eu l’idée de les pêcher…
C’est ainsi que j’ai fait le choix, durant cette journée peu prolifique sur des plateaux peu profonds, d’aller chercher le permit ailleurs que sur un flat conventionnel. Ce jour là, je n’ai vu que 2 permits. Celui-ci + un autre d’une taille comparable qui nageait à ses côtés. Contrairement à ce que l’on pourrait penser en voyant les photos, les conditions n’étaient en début de journée pas si favorables que ça ! Du vent, des nuages bien présents réduisant les fenêtres de visibilité à quelques dizaines de minutes durant cette session de plusieurs heures de pêche. Puis vint ce moment que j’ai vécu des dizaines de fois auparavant et qui peut tétaniser si insuffisamment préparé. Voir en effet son rêve à porter de canne est déstabilisant je vous l’accorde…
Ces 2 monstres me passent à 10 mètres… Puis s’éloignent à bonne allure ! A cet instant, il faut quand même tenter sa chance, coûte que coûte. Sur le premier lancer, j’ai bien failli les effrayer en posant trop près d’eux, mais trop court et ils n’ont heureusement rien perçu. Le 2ème lancé fut le bon ! Je pose ma mouche correctement devant eux à une quinzaine de mètres de l’endroit où je me trouve. Je vois tout de suite que le premier se dirige sans hésitation vers celle-ci. J’ai vécu plusieurs fois cette scène et sais que tant que la mouche n’est pas sérieusement saisie et ancrée, rien n’est joué…
A ma grande stupéfaction, je vois ce permit gober ma mouche dans son élan, à peine descendue sous la surface ! Forcément un obstacle de taille est à quelques mètres de lui… Ma bonne étoile du jour, il part à l’opposé !!! S’enchaînent alors des rushs que j’encaisse crispé sur ma canne. Il semble connaître chaque obstacle présent aux alentours ?! J’ai tout de même le sentiment de faire ce qu’il faut, même si je ne suis pas du tout serein, presque certain que je tiens peut être là le poisson de ma vie !!! Je le bride tant que faire se peut et le laisse prendre du fil quand je n’ai plus le choix, sous peine de risquer la casse ! A certains moments, je marche dans l’eau, jusqu’à même presque ne plus avoir pieds, parfois aussi j’avance sur lui… ou recule ?! Ma soie frotte contre un dernier obstacle, j’ai de l’eau jusqu’au cou. Je regagne finalement le bord, doucement, mètre après mètre, en continuant de prier pour que mon ensemble tienne le coup… Malgré deux premières tentatives ratées où le poisson repart, j’arrive enfin par l’échouer sur le sable. Le combat m’a paru interminable ! Et pourtant j’ai vécu de gros combats de plusieurs heures dans ma vie… Mon amie présente a immortalisé la scène en filmant et en prenant des photos. La caméra affiche seulement 12 minutes de combat. Je n’en reviens pas ! Mon rêve est pourtant là, dans mes mains !
Je vous passe d’avantage de détails mais le moins que l’on puisse dire, c’est que les planètes ce sont alignées/lol !
Il est difficile de vous expliquer tous les éléments qui m’ont amenés à vivre ce moment, mais en voici quelques-uns qu’il faut avoir à l’esprit :
Quand on recherche le permit à la mouche, il n’existe pas de « journées types ». Bien sûr, celles ensoleillées sont à privilégier. Il faut parfois repérer les permits en tailing lorsque la visibilité est moins bonne voire mauvaise. Et à d’autres moments, tout simplement les repérer nageant dans la couche d’eau.
C’est l’addition de plusieurs facteurs et paramètres précis qui feront que vous les trouverez ou non à la côte. La marée joue bien sûr sur la hauteur d’eau, donc favorise leur présence sur un flat plutôt qu’un autre. La direction et la vitesse du vent feront aussi augmenter ou diminuer cette hauteur d’eau sur un secteur donné.
Ici bien souvent, les permits prospectent à la recherche de nourriture relativement vite. D’une manière générale plus rapidement que ne le font les bonefishes. Le laps de temps pour les attaquer est donc plus court que pour nos chers bones. Il faudra donc en plus être capable de poser rapidement et surtout discrètement à n’importe quelle distance et ce peu importe l’orientation du vent. Parfois nous devons les attaquer avec un vent soutenu de face ou de côté… Pour déjouer leur mythique acuité visuelle, de long bas de ligne sont nécessaire avec parfois des mouches assez lourdes, ce qui ne facilitent en rien les lancers ! Les mouches qui prennent vraiment du permit sont aussi très variées et il faut coller exactement à ce qu’il cherche si vous voulez éviter les refus, qui disons le, sont la norme chez cette espèce.
Comme tout poisson difficile, il est indispensable de concentrer toute son énergie à sa traque. Ne cibler que cette espèce, souvent au détriment du plaisir d’autres captures. Il faut ainsi accumuler un maximum de données pour réduire au maximum la part d’incertitudes, même si elle reste omniprésente. Plus on en rencontrera, plus on sera à même d’en faire mordre. Et dans un endroit comme la Guadeloupe, j’avoue qu’il faut avoir les nerfs solides pour espérer pouvoir réaliser ce challenge d’un des poissons les plus farouches qui existent.
« THE BIG FISH »

Après avoir découvert cet archipel en 2012, dont je suis clairement tombé amoureux, je n’ai eu de cesse d’essayer de progresser dans la pêche des poissons de sport. Après avoir réussi entre autres 2 grands Chelem, mon vœu le plus cher était de prendre un permit trophée.
Ces dernières saisons, je me suis donc beaucoup focalisé sur cette espèce et malgré la taille du challenge, je n’ai pas baissé les bras et voici qu’en 2025, mère nature a exaucé mon souhait le plus cher : ce magnifique permit estimé à une quinzaine de kilos, à la mouche, à pieds et à vue sur un flat de Guadeloupe !!!

En admiration face à mon rêve !
De la chance, il en faut forcément pour réussir un tel « exploit ». Néanmoins, je peux affirmer en connaissance de cause que sans une expérience locale approfondie, les chances de tenir un jour dans ses mains ce poisson légendaire sont presque inexistantes.
Durant la décennie passée, j’ai affiné ma technique sur les bonefish jusqu’à réussir à prendre des gros sujets de manière régulière. Pendant ces journées à pêcher à vue, en étendant progressivement mes zones de prospection, petit à petit, j’apercevais de plus en plus de permits.
Plusieurs casses sur de beaux spécimens et ma toute première capture d’un permit de 5-6 kilos m’ont aidées dans mon évolution. Comme beaucoup, j’ai commencé par prendre de petits individus. Mais chaque permit que j’ai réussi à faire mordre à ma mouche était source d’apprentissage incomparable ! L’avantage et la grosse différence dorénavant, c’est que lorsque je croise ce poisson de grand sport, j’appréhende mieux ce qui est susceptible de lui plaire… Ainsi j’utilise plusieurs types de soies, varie les longueurs et diamètres des bas de ligne, teste différents types de mouches d’une situation à l’autre…
J’ai aussi beaucoup appris en pêchant les autres espèces qui me passionnent ici, à savoir, le bonefish (dont la pêche s’apparente le plus à celle du permit), le snook, le tarpon et la carangue. 4 espèces qui réclament aussi un sérieux « bagage » halieutique !!! C’est sûrement aussi grâce à la diversité dans les approches que requiert la recherche de ces fabuleux poissons de sport et à leur comportement spécifique que j’ai autant progressé et ainsi eu l’immense privilège de capturer ce permit d’une autre planète…
Mais en premier, seul le temps passé au bord de l’eau m’a permis (sans mauvais jeu de mot) d’arriver à vivre ce moment inoubliable.
CONCLUSION
Pour le moment, les captures de permits trophées en Guadeloupe sont encore anecdotiques et il n’est pas encore l’heure d’affirmer haut et fort que cette superbe contrée caribéenne est le nouvel « eldorado » de la pêche à la mouche du permit. Seul l’avenir nous le dira…
Dans tous les cas, je ne connais pas de challenge à la pêche qui nécessite à la fois autant d’investissement personnel, de connaissances et qui procure en même temps autant de plaisir… Cette pêche est tout simplement le challenge ultime de tout pêcheur à la mouche.

J’espère que ces quelques lignes vous auront fait rêver !?
« A dan dot soley ! » et bonne quête du permit à vous !!!